Je me permets de mettre ici un article du Monde (14.11.06) qui parle des séjours Erasmus, ainsi que son lien internet http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-834306,0.html.
Claire.
Etudier en Europe : la dynamique Erasmus
Erasmus fête ses vingt ans en 2007. Aujourd'hui, le premier programme européen de mobilité universitaire a fait partir, à lui seul, plus du tiers des jeunes Français qui étudient hors de l'Hexagone (22 650 sur un total de 85 000).
Cette jolie réussite n'est rien, comparée au fait qu'Erasmus a largement contribué à dessiner une architecture européenne des études supérieures qui permet cette mobilité.
On disait l'étudiant français casanier et pantouflard. Mobile, presque globe-trotteur, il s'est internationalisé. Au point de partir étudier à l'étranger à peine moins que les Espagnols, aussi souvent que les Allemand ou les Danois et un peu plus que les Italiens.
A l'origine de cette mutation, Erasmus - du nom du savant néerlandais du XVe siècle qui a sillonné l'Europe -, emblématique programme d'échanges universitaires européens, qui a fait entrer la mobilité dans les moeurs étudiantes. Il lui aura toutefois fallu vingt ans...Alors même que la mondialisation est devenue l'alpha et l'oméga de la pensée économique, l'université de la fin du XXe siècle ronronne encore dans un espace national.
En 1976, un conseil des ministres européens de l'éducation propose de "développer la mobilité des étudiants", mais à l'époque seuls des pionniers y croient, dont Jean-Claude Buchot.
Parti à Edimbourg (Ecosse), en quête de stages pour ses étudiants, ce professeur grenoblois participe à la toute première réunion sur le sujet, en 1979. "Une quarantaine d'Européens tentaient de formaliser à leur échelle un système d'échange d'étudiants", se souvient celui qui est aujourd'hui responsable des relations extérieures de l'université Grenoble-III.
De fil en aiguille, des partenariats se mettent en place entre ces directeurs d'études et aboutissent, en 1987, à la création du programme européen d'échanges d'établissement à établissement, autorisant un séjour d'études de trois à douze mois dès la seconde année d'études supérieures.
Erasmus est né, permettant aux universités de construire des réseaux européens, d'échanger étudiants et enseignants. Mais le démarrage est lent, "car le milieu universitaire reste très conservateur", souligne Sonia Dubourg-Lavroff, directrice de l'agence française Socrates-Leonardo, chargée du programme Erasmus à l'échelle de l'Hexagone.
La première année, 3 244 jeunes Européens franchissent les frontières, dont 895 Français. Vingt ans plus tard, Erasmus a permis à près d'un million et demi d'étudiants de bouger. Parmi eux, 217 000 Français. "Les 22 650 départs de jeunes Français enregistrés en 2005-2006 (contre 21 561 en 2004-2005) représentent 1 % du total des 2,2 millions d'étudiants, tous types d'études confondus.
Mais si l'on rapporte ce chiffre aux étudiants de fin de licence et de master, la probabilité de départ se situe alors à 1 sur 20 au cours de ces études. Soit environ 5 % de partants", explique Elie Cohen, professeur à l'université Paris-Dauphine et président du Conseil pour la mobilité étudiante.
Le milieu universitaire français, si frileux il y a vingt ans, est aujourd'hui incité à l'internationalisation par des étudiants plus europhiles que leurs aînés. "Erasmus a secoué les universités françaises, les a forcées à repenser leur offre, à la diversifier, à la rendre plus attractive", insiste Mme Dubourg-Lavroff. "Le programme européen a eu un véritable impact sur les établissements : désormais, la mobilité est un chapitre important de la contractualisation entre Etat et universités", souligne M. Cohen.
Chacun reconnaît que le véritable succès d'Erasmus réside aussi dans la mise en oeuvre d'une architecture commune des études qui va doper la mobilité étudiante.
D'optionnel, le séjour à l'étranger se transforme en passage obligé. Le président de la commission des relations extérieures de la Conférence des présidents d'université, Olivier Audéoud, souhaite que bientôt tous les étudiants sortant de master aient passé six mois à l'étranger...
Il ne s'agit pas d'utopie : d'ici à 2010, tous les pays européens se sont engagés à adopter le LMD (Licence-master-doctorat) et les European Credit Transfer System (ECTS), sorte de "monnaie" établissant des équivalences entre diplômes. Simultanément, l'Union promet d'investir 3,1 milliards d'euros sur un programme 2007-2013 qui a démarré avec 11 millions d'euros il y a vingt ans. Bruxelles entend doubler le nombre de bourses allouées, augmenter leur montant, et atteindre trois millions d'étudiants concernés.
Erasmus a aussi fait naître curiosité et ouverture. Au-delà des 22 650 étudiants estampillés Erasmus, plus de 85 000 jeunes Français suivent déjà tout ou partie de leur cursus hors des frontières, dont cette année près de 53 000 en solo, selon les chiffres de l'Institut des statistiques de l'Unesco. Un séjour sur un campus étranger est devenu la norme dans certaines filières : les écoles de management notamment, puis les écoles d'ingénieurs.
Certaines parient même sur deux séjours, l'un d'étude, l'autre de travail. Qu'il s'agisse comme à HEC de "mettre un peu de vent dans la tête des étudiants fraîchement émoulus de l'univers étriqué des prépas", comme le résume Hervé Crès, nouveau directeur délégué, ou de la formule choisie par les Instituts d'études politiques, qui réservent leur quatrième année à un stage ou à des études à l'étranger. Rien de tel encore dans les universités, où la situation diffère d'un campus à l'autre, et d'une discipline à l'autre.
Sur le marché de la mobilité, toutes les destinations n'ont pas la même cote. L'Espagne, plébiscitée par la majorité des jeunes Européens, arrive devant la Grande-Bretagne et l'Allemagne dans le palmarès français. Mais ce dernier attire chaque année de plus en plus de candidats, alors que les établissements britanniques drainent un moindre contingent de Français depuis cinq ans. Le Royaume-Uni est concurrencé par les pays scandinaves, les Pays-Bas et ceux d'Europe centrale, qui ont conçu des cursus en anglais de très bonne qualité, dispensés dans des cours moins chargés qu'à Manchester ou Exeter...
Mais la crise de croissance menace. Le principe de l'échange, qui autorise des mobilités à coût réduit, a aussi ses limites. La réciprocité, aisée entre les onze pays engagés en 1987, est plus difficile à 31 pays, espace qui correspond à une Europe élargie à une partie des Balkans et à la Turquie. Dans certaines disciplines ou universités, il est difficile d'obtenir la destination souhaitée, alors que des pays moins attractifs offrent pléthore de places. "Il faut convaincre les candidats d'aller étudier les arts du spectacle en Pologne, et en anglais", traduit M. Buchot.
L'avenir se conjuguera-t-il sans Erasmus ? Les départs en solo ne cessent d'augmenter. Et "l'échange d'un semestre ou un an sera bientôt remplacé par la préparation de diplômes entiers à l'étranger", prédit Eric Froment, ancien directeur de l'Association européenne des universités.
Dans un paysage où le marché du travail fait craquer les frontières nationales, une certaine catégorie d'étudiants veut désormais ajouter une touche internationale à son CV universitaire. Avec, en perspective, des "diplômes en kit" : après une licence en France, pourquoi pas un master spécialisé ailleurs ?
Les exemples existent déjà. Pise est prisée pour ses formations en sciences de la vie et de la Terre ; Karlsruhe pour la physique et Londres pour la finance. Dans cet esprit, nombre d'universités développent des doubles (voire triples) diplômes, à l'issue de cursus suivis dans plusieurs pays, ou proposent des formations bi- voire tri-nationales. Erasmus Mundus, label de l'Union européenne accordé à quelque 80 masters "de niveau mondial" qui sont développés par des consortiums regroupant au minimum trois universités, s'inscrit dans cette optique.
Marilyne Baumard et Philippe Jacqué
Erasmus, mode d'emploi
Conditions. Avoir validé au moins une année de licence et être inscrit dans un établissement d'enseignement supérieur.
Délais. L'étudiant doit déposer sa candidature, au moins six mois avant son départ, auprès du bureau des relations internationales, qui définit ses propres critères de sélection.
Durée. De trois mois à un an (la moyenne des séjours est de sept mois).
Bourses. 110 euros par mois environ, financés par la Commission européenne. Une seconde bourse d'une centaine d'euros par mois peut être allouée par le ministère de l'éducation. Un boursier conserve sa bourse annuelle.
Sur Internet : www.socrates-leonardo.fr, www.etudiant.gouv.fr